
Un outil pour accompagner les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité borderline
Dans le cadre de la thérapie comportementale dialectique (TCD), certains outils permettent d’aider les patients à mieux comprendre leurs émotions, leurs comportements et leurs réactions relationnelles.
Parmi eux, l’outil du « GPS » constitue un support particulièrement utile pour les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité borderline.
Il ne s’agit pas d’un outil universel ou officiel unique, mais plutôt d’une métaphore thérapeutique fréquemment utilisée afin d’aider les patients à retrouver une direction lorsque les émotions deviennent envahissantes.

Pourquoi parler de « GPS » ?
Lorsqu’une personne souffre d’un trouble de la personnalité borderline, les émotions peuvent parfois devenir extrêmement intenses et rapides.
Dans ces moments-là, il peut être difficile de :
- prendre du recul,
- réfléchir calmement,
- identifier ses besoins,
- agir en accord avec ses valeurs,
- maintenir des relations stables.
L’impression fréquente est celle de « perdre le contrôle », de ne plus savoir où aller ou comment réagir.
La métaphore du GPS permet alors de rappeler qu’il est possible de :
- ralentir,
- observer ce qu’il se passe,
- retrouver des repères,
- ajuster sa trajectoire,
- revenir progressivement vers une direction plus sécurisante.
Comme un GPS lorsqu’on se trompe de route, l’objectif n’est pas de juger l’erreur ou de culpabiliser, mais de recalculer un chemin.

À quoi sert cet outil ?
Le GPS peut aider à :
- mieux identifier les émotions,
- repérer les déclencheurs,
- comprendre les comportements impulsifs,
- prendre du recul avant d’agir,
- utiliser des compétences de régulation émotionnelle,
- réduire les réactions extrêmes,
- favoriser des choix plus alignés avec ses objectifs et ses valeurs.
Cet outil est particulièrement utile dans les moments de :
- crise émotionnelle,
- conflit relationnel,
- impulsivité,
- peur de l’abandon,
- automutilation,
- consommation de produits,
- idées suicidaires,
- sensation de vide ou de perte de repères.

Les différentes étapes du GPS
1. S’arrêter
La première étape consiste à interrompre momentanément la réaction automatique.
Avant d’agir, de répondre à un message, de quitter une relation ou de passer à l’acte, il peut être utile de créer un temps de pause.
Cette étape peut sembler très difficile lorsque l’intensité émotionnelle est élevée, mais même quelques secondes peuvent parfois permettre de diminuer l’impulsivité.
Certaines compétences TCD peuvent être utilisées :
- respiration,
- ancrage sensoriel,
- cohérence cardiaque,
- mise à distance temporaire,
- eau froide,
- auto-apaisement.
2. Observer
L’objectif est ensuite de regarder la situation avec davantage de précision.
Quelques questions utiles peuvent être proposées :
- Que suis-je en train de ressentir ?
- Quelle émotion est présente ?
- Que s’est-il passé juste avant ?
- Quelles pensées traversent mon esprit ?
- Que suis-je en train d’interpréter ?
- Quel besoin ou quelle peur est activé(e) ?
Cette étape permet progressivement de différencier :
- les faits,
- les émotions,
- les pensées,
- les interprétations,
- les réactions comportementales.
3. Identifier la direction
Le GPS invite ensuite à se demander :
- Où est-ce que je veux aller ?
- Quel type de personne ai-je envie d’être dans cette situation ?
- Qu’est-ce qui est important pour moi à long terme ?
- Est-ce que mon comportement actuel me rapproche ou m’éloigne de mes objectifs ?
Cette étape permet souvent de reconnecter la personne à ses valeurs et à ses besoins profonds plutôt qu’à l’urgence émotionnelle du moment.
4. Choisir une compétence adaptée
Une fois la situation clarifiée, le patient peut essayer d’utiliser une compétence adaptée.
Selon les situations, cela peut être :
- demander de l’aide,
- différer une décision,
- utiliser une compétence de tolérance à la détresse,
- communiquer autrement,
- poser une limite,
- s’éloigner temporairement d’un conflit,
- pratiquer une activité d’auto-apaisement,
- contacter une personne ressource.
Le but n’est pas d’être « parfait », mais de réduire la souffrance et les comportements qui aggravent la situation.
Un outil centré sur la validation et non sur la culpabilité
Dans le trouble de la personnalité borderline, de nombreuses personnes ont vécu des expériences relationnelles invalidantes.
Le GPS n’a pas pour objectif de dire au patient qu’il « réagit mal » ou qu’il devrait simplement « se contrôler ».
Au contraire, cet outil cherche à :
- valider la souffrance émotionnelle,
- reconnaître l’intensité vécue,
- comprendre les réactions,
- développer progressivement d’autres stratégies possibles.
L’idée centrale est que les émotions ont du sens, même lorsqu’elles deviennent difficiles à gérer.

Le GPS et la TCD
La thérapie comportementale dialectique (TCD), développée par Marsha Linehan, est une approche thérapeutique particulièrement utilisée dans l’accompagnement du trouble de la personnalité borderline.
Elle vise notamment à travailler :
- la régulation émotionnelle,
- la tolérance à la détresse,
- les relations interpersonnelles,
- la pleine conscience,
- la diminution des comportements impulsifs ou auto-destructeurs.
Le GPS peut être intégré à ces différentes compétences afin d’aider le patient à retrouver des repères dans les moments de crise.

Quelques points importants
- Les difficultés émotionnelles observées dans le trouble borderline ne traduisent pas un manque de volonté.
- Les comportements impulsifs sont souvent des tentatives de régulation d’une souffrance intense.
- Les changements prennent du temps et nécessitent souvent beaucoup de répétition et de bienveillance.
- Les outils thérapeutiques ne visent pas à supprimer les émotions, mais à mieux les comprendre et les traverser.
En conclusion
Le GPS est un outil simple mais précieux pour aider les patients à retrouver une direction lorsque les émotions deviennent trop envahissantes.
Il rappelle qu’il est possible de ralentir, observer, réfléchir et ajuster sa trajectoire, même après une crise ou une difficulté relationnelle.
Comme tout apprentissage émotionnel, cela demande du temps, de la pratique et souvent un accompagnement thérapeutique adapté.
Mais progressivement, de nouvelles façons de réagir peuvent devenir possibles, permettant des relations plus stables, une meilleure compréhension de soi et une diminution de la souffrance psychique.
